CORTHÉSY Catherine

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1958, La Chaux-de-Fonds | travaille à La Chaux-de-Fonds

Corthésy C.
Catherine Corthésy, Moiselle, 2014, tricot de fil de pa- pier, fil de fer, papier japon, gouache, 68 × 32 × 38 cm

Catherine Corthésy réalise des œuvres à partir de matières récupérées, principalement du textile et du papier, et les réinterprète à la façon des travaux féminins d’antan. Cette autodidacte, qui chérit les thèmes de l’intime et de la féminité, participe depuis 2004 à des expositions collectives. Ses œuvres ont également fait l’objet d’expositions personnelles notamment au Château de Prangins en 2014.

FOCUS SUR CATHERINE CORTHESY

Le travail de Catherine Corthésy me semble vraiment représentatif du courant « mythologies personnelles » qui naît à la fin des années 1960 et qui se concrétise par la volonté d’associer art et vie dans une expression intime offrant des mises en espace du « moi » avec une dimension collective, références archétypales aux scènes primitives qui blessent ou construisent. Dans toutes ces œuvres « autofictives », le contenu de l’œuvre échappe au moi narcissique pour devenir questionnement collectif. L’artiste dit sa vie, mais aussi les questionnements actuels sur notre condition humaine : les interrogations « genre », les rapports au for intérieur loin de la téléréalité, l’héroïsme du quotidien, les pulsions et névroses de notre temps, les oublis et les destructions — de l’homme même.

Mais Catherine Corthésy a des techniques propres et peu usitées par les artistes de ce courant. Elle brode, tricote, coud, découpe, activités longtemps dévolues aux femmes. Elle expose des robes, fait des « Mamzelles », des filles oiseaux. Ainsi en tant qu’artiste femme, elle nous interroge sur l’identité sexuelle, culturelle et sociale. Coquine, Catherine Corthésy, loin de tout féminisme revendicateur, semble sourire en faisant des ouvrages dits « de dame ». En tricotant ou détricotant, elle fait surgir des drôles de créatures ; elle nous appelle à tisser nous-mêmes mille histoires emboîtant le pas à une Schéhérazade moderne sachant rire, même des douleurs de femmes, celles de l’enfantement et/ou de l’avortement, celles de mères, celles de la perte des illusions qui parfois nous enchaînent comme des boulets que l’on tire et qui nous freinent. Mais ces boulets, ces cordes, peuvent se faire confettis flottant dans le vent. La femme n’est pas que pathos, elle est fille du vent qui aime parcourir le monde, créer le dégel. La femme se fait univers, peau de cartes, mondes au pluriel capables de revêtir toutes les formes, légèreté aussi.

Catherine Corthésy nous tend des miroirs, tisse des écrans et nous invite à y projeter nos mélancolies, nos rêves et nos douces folies. Ses plisseries, froisseries et travaux d’aiguille nous font imaginer mille univers parfois tendres, parfois grinçants. Ils sont des plis et replis de notre imaginaire et leurs « trous » en forme de non-dits nous invitent à y inscrire de nombreuses histoires familiales, intellectuelles, religieuses, intimes.

Martine Walzer Palomo, 2015