MOSCATELLI Ivan

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1944, Borgosesia, Italie | travaille à Wavre

Moscatelli I.
Ivan Moscatelli, L’Isola Bella, 2014, acrylique sur toile doublement entoilée, 80 × 80 cm

Ivan Moscatelli arrive en Suisse clandestinement à l’âge de 15 ans. Après un apprentissage de boulangerie-pâtisserie, il commence à peindre en autodidacte et expose dès 1968. Dans les années 1970, il voyage et travaille en Amérique latine, en Asie du Sud-Est et en Californie. Il devient suisse dans les années 1980 et parvient, dès cette période, à vivre exclusivement de son art. Il expose régulièrement en Suisse et à l’étranger, parfois de façon permanente comme son vitrail dans le grand hall de l’Opéra Bastille à Paris.

FOCUS SUR IVAN MOSCATELLI

« L’acte le plus élégant de la part d’un artiste est de scier la branche sur laquelle il est assis, quitte à se casser une jambe ou deux » dixit Ivan Moscatelli qui pense que se reposer sur ses acquis et sur ses succès passés sont les pièges qui guettent l’artiste. Lui-même, artiste neuchâtelois d’origine italienne, a exploré différents médiums et genres artistiques et se présente comme « un type banal qui a eu la chance de pouvoir s’exprimer, dans un pays où on laisse les gens s’exprimer ».

Après un apprentissage en boulangerie-pâtisserie, il s’est formé en autodidacte à la peinture et au dessin, qu’il a voulu tour à tour figuratifs et abstraits. S’il voulait faire valoir un côté sérieux à sa production des débuts, « pour être admis par les gens sérieux », Ivan Moscatelli intègre désormais volontiers de l’humour dans ses œuvres, mais jamais d’ironie. Et l’artiste de préciser : « L’humour c’est de la bonne humeur, tandis que l’ironie c’est majoritairement de la mé- chanceté. ». Justement en apportant de l’humour, de la couleur dans son œuvre, l’artiste pense être utile à la société ; en proposant aux gens des alternatives à la dureté de la vie, en les amusant, mais aussi en pointant certaines situations qui ne devraient pas être passées sous silence. Ce rôle lui a cependant valu quelques inimitiés dont il ne se cache pas :

Je sais que j’agace certaines personnes. On m’a reproché de n’être qu’un boulanger-pâtissier, d’être arrivé clandestinement en Suisse, on m’a reproché mon bégaiement, on a dit de moi que je suis habile en affaires et que je sais comment mettre tout le monde dans ma poche…

Pour lui toutefois, être artiste aujourd’hui, c’est également souffrir d’un double malentendu. En effet certaines personnes — intellectuels com- pris — les considèrent comme des êtres à part, presque touchés par une grâce divine ; alors que d’autres, à l’opposé de cette vision romantique, les dénigrent et vont jusqu’à qualifier la production artistique contemporaine de supercherie. Pour Ivan Moscatelli, ces conceptions, bien que contraires, découlent d’une incompréhension fondamentale de la condition de l’artiste, qui n’est autre qu’un humain aux prises avec ses réflexions et son travail manuel.

Ivan Moscatelli se considère donc plus comme un être humain qu’un artiste, riche de pouvoir se lever chaque matin, car l’homme a déjà eu quelques rendez-vous manqués avec la mort. Dans sa profession, il met donc un point d’honneur à parler de l’être humain qui se trouve derrière le tableau, celui qui tend la toile sur son châssis, qui se blesse les doigts. Cette transparence se reflète également dans le franc-parler de l’artiste qui use de mots directs pour qualifier l’art d’aujourd’hui : supercherie, vanité, opportu- nisme, compensation des amertumes, moment sympathique, communication, joie de vivre, partage, sentiment de supériorité, appât du gain, donner une raison à sa vie de fils à papa… Ivan Moscatelli n’a décidément pas sa langue dans sa poche, mais n’est-ce pas ce qu’on attend de la part d’un artiste ?

Gabriella Zucchetti